Les banquiers russes de Londres déplorent la guerre : « nous sommes des réfugiés »

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Les banquiers russes de Londres déplorent la guerre : « nous sommes des réfugiés »

Alors que Poutine fait bombarder les villes ukrainiennes et brandit la menace nucléaire, les professionnels russes de la finance en Occident expriment leur effroi et leurs regrets. Certains avouent l’avoir vu venir, mais leurs avertissements sont restés lettre morte.

« Depuis des années, je dis que Poutine va finir par faire quelque chose comme ça, » raconte un trader senior russe, « qu’il était obsédé par sa version personnelle de l’histoire russe. Personne ne m’a écouté. »

Les banquiers et traders russes de Londres insistent sur la différence entre eux et les oligarques, particulièrement bien vus du parti conservateur britannique et soutiens de Poutine. « Nous ne faisons pas partie de Londonograd, » souligne un russe de 26 ans, analyst dans une banque d’’investissement américaine. « Nous sommes les jeunes de la finance, les professionnels de l’informatique, les créatifs qui ont quitté la Russie parce qu’on se voyait condamnés à grandir sous le régime de ce président apparu il y a vingt ans. »

Bon nombre des financiers russes que nous avons interrogés se sont montrés réticents à s’élever contre Poutine, par peur des représailles à l’encontre de leurs familles restées sur place. Des rumeurs circulent selon lesquelles il serait à deux doigts de décréter la loi martiale, ouvrant la porte à des enlèvements, voire pire, en toute légalité.

Certains pourtant ont fait publiquement état de leur aversion pour les événements en cours. C’est le cas de Nik Storonsky, le CEO russe de Revolut, dont le père est l’un des scientifiques chevronnés de Gazprom ; il a publié cette semaine une lettre indiquant combien il était « horrifié et consterné » par la situation. Georgy Egorov, ancien executive director de Goldman Sachs et managing director d’UBS, aujourd’hui dans la biotechnologie, a écrit le lendemain que le CEO de Goldman Sachs – David Solomon lui-même, devrait faire cesser toutes les activités de Goldman en Russie en réponse aux actions de Poutine : « en ne condamnant pas les actions du régime de Poutine et de l’armée russe contre l’Ukraine, vous vous rangez du côté des agresseurs. »

Georgy Egorov, qui vit en Angleterre depuis 23 ans, raconte avoir reçu des messages de soutien en interne – mais la plupart en messages privés. « Les employés actuels de Goldman m’ont envoyé des messages de soutien disant que c’était une déclaration courageuse, mais ils sont moins enclins à s’exprimer en public contre l’encadrement de Goldman. »

La famille – au sens large – de Georgy Egorov est en Russie, mais pour lui, ne rien dire n’est plus une option : « Poutine a franchi le Rubicon. Beaucoup de gens de la classe moyenne en Russie sont restés silencieux sous Poutine tant que l’économie était florissante, mais il est temps maintenant de se faire entendre. »

Le jeune analyst raconte que lui et ses amis russes se sentent en partie responsables de la guerre (« c’est de notre faute aussi, c’est nous les Russes qui avons laissé faire »), même si aucun d’entre eux individuellement n’avait le pouvoir de changer les choses. Pourtant, le trader senior, qui travaille depuis longtemps avec les marchés russes, indique qu’aucun des MD russes qu’il connaît - actuels ou anciens – ne s’engagera dans quelque forme de résistance contre Poutine : « certains le soutiennent. Pas moi. »

« Nous sommes des réfugiés maintenant, » ajoute le trader, rejoint dans son propos par l’analyst qui poursuit : « je ne retournerai jamais en Russie, » dit-il ; « - si je revois mes parents, ce sera forcément dans un pays tiers. » Un vrai problème pour lui, qui a obtenu son visa grâce au certificat de parrainage de la banque qui l’emploie : s’il perd son job, il ne pourra pas rester au Royaume-Uni.

Il souligne néanmoins que les difficultés rencontrées par les Russes sont insignifiantes comparées à celles auxquelles sont confrontées les populations ukrainiennes : « ma famille a subi de lourdes pertes financières et ma copine, qui était banquière à Moscou, avait ses bonus liés aux actions ; elle a perdu tout ce pourquoi elle avait travaillé pendant six ans. Mais plaie d’argent n’est pas mortelle : nous sommes en bonne santé ; et en sécurité. »

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Crédit photo : Don Fontijn sur Unsplash

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Crédit photo : Dimitry Anikin sur Unsplash

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