Sous la menace nucléaire, les sites de repli des activités trading des banques sont en passe de bouger

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Sous la menace nucléaire, les sites de repli des activités trading des banques sont en passe de bouger

La question est stupide, mais dans un monde préoccupé par la continuité des activités, les gens sont payés pour la poser : s’il est fait usage de l’arme nucléaire, comment les entreprises pourront-elles continuer à tourner ? Pour les banques d’investissement, hedge funds et établissements de trading électronique en particulier, qu’est-ce qui pourrait constituer un site de repli pour les activités de trading durant un conflit nucléaire ?

La doctrine stratégique Mutually Assured Destruction (MAD) rend de telles questions apparemment futiles. La plus puissante bombe nucléaire construite par la Russie, la Tsar Bomba, avait un rayon de radiation thermique proche de 80 km et aurait pu faire des millions de victimes en cas d’utilisation. Si la Russie l’a abandonnée - trop compliquée à utiliser et transporter, elle dispose aujourd’hui du plus gros missile balistique intercontinental jamais conçu. Doté d’un système furtif, il est capable de parcourir 10 000 kilomètres avant d’exploser et peut détruire un territoire de la taille de la France ou du Texas, sans parler de l’impact à long terme des radiations et des changements climatiques.

« On parle d’un niveau de dommages et de perturbation inédit, » commente Alex Wellerstein, historien des sciences au Stevens Institute of Technology et spécialiste de l’histoire des armes nucléaires. « Les ruptures de notre approvisionnement et de notre logistique induites par la pandémie de COVID montrent la fragilité du système actuel. Imaginons maintenant qu’un large pourcentage de l’industrie, des communications, de la population et des infrastructures soit complètement détruit, et de vastes territoires – dont la plupart des terres agricoles – soient contaminés. » Dans l’éventualité d’un tel conflit, un tiers de la population pourrait mourir, et les infrastructures publiques essentielles seraient balayées, ajoute-t-il.

Il y a divers degrés même dans le cadre d’un anéantissement nucléaire. Comme le montre clairement la carte ‘NukeMap’ d’Alex Wellerstein, il existe d’autres bombes à plus courte portée. D’un point de vue opérationnel, la Tsar Bomba était peu maniable, d’où son abandon ; une confrontation nucléaire, qu’il considère comme improbable, pourrait donc voir l’usage d’armes plus petites et plus stratégiques.

Dans tout conflit nucléaire, les principaux centres financiers cesseraient de fonctionner. Au début de la pandémie, les banques ont éloigné le trading des salles de marchés traditionnelles pour le relocaliser à Basingstoke au Royaume-Uni, ou Westchester County au nord de New York. Citadel Securities reste dans les mémoires pour avoir installé ses traders au Four Seasons Resort de Palm Beach. Et Bridgewater faisait travailler certaines de ses équipes depuis des tentes en pleine forêt à proximité de son siège.

Dans le scénario inconcevable d’une attaque nucléaire, aucune de ces options ne serait viable, quand bien même l’infrastructure de trading persisterait. Pour un ancien partner de l’activité marchés de Goldman Sachs, plutôt que de voir les salles de marchés déplacées sur des sites de repli à l’intérieur de la zone de déflagration, on assisterait simplement à la relocalisation du trading vers d’autres sites mondiaux. « Il y aurait d’autres centres financiers pour prendre la relève dans le même fuseau horaire, » dit-il. « Si une bombe tombait sur Londres ou New York, on demanderait aux traders en Asie de reprendre la main. »

Les traders au Brésil, en Afrique du Sud et en Argentine offriraient aussi une option de repli. « L’hémisphère sud ne ferait sans doute pas l’objet d’une attaque directe, » poursuit Alex Wellerstein. « Évidemment, il serait largement affecté par l’effondrement brutal de l’hémisphère nord, du fait de la mondialisation. Mais les dommages physiques seraient minimes ; le pire serait sans doute le changement climatique, qui aurait un impact négatif sur le rendement des cultures. »

La situation est inconcevable. Alors que les menaces de Poutine sont considérées comme crédibles, il faut espérer que la diplomatie et la raison aient le dernier mot. Si la menace persiste, l’ex-partner de Goldman voit comme principale conséquence la dispersion probable de certains hedge funds loin de New York : « ce sera une bonne excuse de plus pour déménager à Miami. »

Crédit photo : Leon Seibert sur Unsplash

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