Nouvelle bataille en vue autour des talents français de la finance

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Nouvelle bataille en vue autour des talents français de la finance

2021 a été un excellent cru pour les traders dérivés actions structurés dans les banques. Excellent cru aussi pour les traders systématiques en hedge funds, pris sous le feu de la guerre de recrutement entre Citadel et Balyasny, et pour toutes celles et ceux travaillant en tenue de marché électronique en général, alors que Jane Street et consorts augmentaient leurs effectifs. Hormis les traders dérivés actions, la plupart peuvent déjà naviguer entre banques, hedge funds, fintech et tech. Mais en 2022, un nouveau secteur majeur menace d’impacter un peu plus l’offre de talents déjà contrainte… et c’est le monde des cryptomonnaies.

Les banques elles-mêmes se mettent à développer des divisions crypto et blockchain : Citi recrute actuellement 100 personnes ; JPMorgan a ouvert 99 postes en blockchain dans le monde (dont, à la surprise générale, plusieurs au sein d’une équipe recherche et ingénierie à Athènes) ; Goldman Sachs recherche des ingénieurs en actifs numériques à Singapour, Hong Kong et New York. Sans compter que le secteur crypto natif recrute lui aussi, à tour de bras – MoonPay, qui fournit une solution d’accès rapide au marché des cryptomonnaies, veut embaucher 200 personnes. Comme nous le notions récemment, les grands acteurs comme Coinbase et Galaxy Digital ont augmenté leurs effectifs par centaines en 2021 et prévoient de poursuivre leurs recrutements en 2022.

Selon les chasseurs de tête, les acteurs crypto cherchent précisément à attirer les éléments que visent les banques, teneurs de marché électronique et hedge funds. Les plus recherchés chez les teneurs de marché crypto sont « ceux qui ont déjà une expérience dans le développement de systèmes et stratégies de trading sur des marchés hautement volatiles comme les actions, options et devises, » précise Jim Brownwood, qui dirige le trading systématique et les actifs numériques chez The Omerta Group. Sans compter qu’une pause dans la demande en 2022 paraît peu probable même en cas de glissement des prix des cryptomonnaies : « on assistera peut-être à un repli du marché, mais les entreprises qui prennent vraiment la mesure de l’opportunité savent que leur calendrier s’étend sur des années, pas sur les six mois à venir, » ajoute-t-il.  

Les acteurs de l’espace crypto constituent « la nouvelle destination pour l’exode des talents », confie un chasseur de têtes. « Les acteurs majeurs de l’espace crypto recrutent énormément sur le marché, » confirme un autre chasseur de têtes spécialisé en dérivés actions à Londres. « Ils ont largement contribué au turnover de cette année, » ajoute-t-il. Pour Anis Akl, ancien responsable Flow & Corporate Derivatives Trading de Credit Suisse, aujourd’hui à la tête du teneur de marché CrypPro, les traders dérivés actions ont l’avantage de bien connaître les concepts et produits crypto les plus populaires, tels que les indices et les paniers, les produits dérivés, de marge et structurés. « Mais un spécialiste du trading haute fréquence, ou un trader en matières premières ou devises fera tout aussi bien l’affaire, » dit-il.

Les mouvements les plus notables cette année entre la banque et le monde crypto sont ceux de Konrad Laesser (ex-Goldman), Chris Perkins (ex-Citi), Kyle Downey (ex-Morgan Stanley), Min Clin (ex-Goldman Sachs) et Jonathan Cheesman (ex-HSBC).

Ceux qui ont déjà franchi le pas se déclarent ravis de leurs nouvelles fonctions. « Il y a une énergie incroyable et le rythme de travail est totalement ébouriffant, » raconte Brett TejPaul, Head of Institutional Sales, Trading chez Coinbase, ancien Head of Structured Finance chez JPMorgan et ex-Head of Digital chez Barclays, dans une récente interview accordée à Heidric & Struggles. Travailler chez Coinbase, « c’est fun » ajoute-t-il : « ça me rappelle mes dix premières années de carrière, quand on courait dans tous les sens pour lancer de nouvelles classes d’actifs, produits structurés et nouveaux instruments pour les clients institutionnels. » (Il y a aussi des récriminations quant à l’équilibre vie pro-vie perso chez Coinbase, mais Brett Tejpaul n’en fait pas mention).

Un partie de l’intérêt que suscite le secteur crypto tient à sa proximité à la fois avec la banque et avec la technologie, souligne Jim Brownwood. « Les quants en recherche algorithmique et les ingénieurs sont généralement attirés par la perspective de travailler dans les environnements les plus créatifs et les plus portés sur la collaboration, » indique-t-il. Selon un autre chasseur de têtes, certaines personnes en banque ne sont pas encore sûres de vouloir passer en crypto, mais cette incertitude tend à s’estomper : « un petit 50% des gens à qui je parle dans les banques sont résolus à franchir le pas, mais c’est déjà deux fois plus que l’an dernier. »

Ces perspectives ne manqueront sans doute pas d’éveiller l’intérêt de nombreux français, reconnus en finance quantitative pour leurs solides compétences en mathématiques, mais aussi très présents dans les banques comme dans les hegde funds de par le monde, aussi bien en banque d’investissement qu’en trading ou private equity.

​​​Crédit photo : Nik Shuliahin sur Unsplash

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